"Un bigor n'est pas un artilleur qui fait des séjours outre-mer, c'est un marsouin qui sait tirer au canon"...
Nous accueillons Jean-Michel GILLE, adjudant, qui a occupé le poste de chef d’antenne du bureau d’aide à la reconversion Haute-Normandie.
1) Mon parcours militaire.
Engagé à 17 ans à l’école nationale des sous-officiers d’active à Saint-Maixent, le 06 janvier 1976, en fin de classe de seconde avec un BEPC. Nommé sergent en août 1976, je choisis, à la sortie de l’école, l’arme des Troupes de Marine avec spécialité « artillerie sol-sol ».
Je rejoins l’école d’artillerie à Draguignan où je passe le CT1 et suis affecté au 3ème Régiment d’artillerie de marine à Vernon (Eure) que je rejoins en avril 1977.
J’y exerce successivement les fonctions de chef de pièce, (un canon, 10 hommes) puis instructeur aux CME-CTE et enfin sous-officier chef d’équipe reconnaissance topographie (10 hommes). Pour chaque fonction principale, nous exerçons tous une fonction secondaire et j’aurais successivement la responsabilité d’un magasin NBC, puis armurerie et enfin matériel des transmissions et d’optique. Dans chaque cas, le responsable magasin a la responsabilité de l’entretien, des mises en réparation et du bon fonctionnement du matériel de la compagnie. Dans ce régiment, en plus des manœuvres dans les différents camps de France (Suippes, Canjuers, Valdahon, Sissones, Mourmelon…) je participe aussi à 3 stages commando et intervient 3 fois sur les côtes bretonnes pour lutter contre la marée noire. (Amoco Cadiz et Tanio).
En novembre 1981, je rejoins le régiment d’infanterie de marine du pacifique/Nouvelle Calédonie et je suis affecté à la batterie d’artillerie à PLUM. J’y serais de nouveau chef de pièce pendant un an puis mécanicien artillerie la 2ème année. J’aurais aussi la responsabilité du magasin des matériels de génie et navigation. Là aussi, 2 stages commando et des sorties dites « de brousse » au contact de la population locale. Je passerai mon CM2 à Nouméa
En novembre 1983, je suis affecté au 9ème Rama à Trèves en Allemagne, que je rejoins en février 1984. Je suis d’abord chef d’une équipe de préparation des tirs et adjoint au chef de section puis chef de l’équipe du détachement de liaison et d’observation. J’ai aussi la responsabilité du magasin NBC. Je fais d’ailleurs un stage à Caen à l’école NBC. Plusieurs activités en plus des manœuvres d’artillerie. Surveillance aux frontières (attentats conte les intérêts américains en Allemagne), manœuvres inter-alliées, contrôle (radio activité) des véhicules lourds en provenance de l’est après l’explosion de Tchernobyl. Je passe mon CT2 durant cette période.
A ma demande, et pour me rapprocher de mon domicile et de ma famille (Nouméa et Trèves en célibat géo), je change d’arme et rejoins en août 1988 le 8ème régiment de transmissions à Suresnes (Hauts de Seine). Je prends les fonctions de responsable du service régulation automobile pendant un an (entretien d’une vingtaine de véhicules légers et lourds et je passe mon permis Transport en Commun, responsable des 16 conducteurs et des missions qui leur sont imparties) puis je deviens adjudant de Compagnie et enfin, affecté à l’état major du régiment au bureau administration et instruction des militaires du rang.
En 1992, je prends 3 mois de congé sans solde et tente l’aventure du civil en travaillant dans une entreprise de transport de fruits et légumes comme responsable logistique. Départ précipité et après ces 3 mois, retour au 8ème RT. Je reprends mon poste au Bureau administration et instruction. Nommé adjudant entre temps je prends en août 1998, la responsabilité d’un bureau budgets achats factures avec 3 autres sous-officiers sous ma direction. En 1997, j’ai passé l’examen du BSTAT administration et soutien de l’homme, avec stage à Rochefort.
En 2000, mon unité est restructurée et je suis affecté à l’état-major de la RTNO à Rennes, pour emploi à Rouen où j’ai la responsabilité de la création de l’antenne du Bureau d’aide à la reconversion de Haute-Normandie. Je fais le stage accompagnateur reconversion à Hyères. J’ai avec moi, un personnel civil et je suis en charge du suivi et de la mise en œuvre de la politique de reconversion pour la région. Montage des dossiers de reconversion, visite des stagiaires militaires en entreprise ou en centre de formation. Je ferais plusieurs stages aux CIR de Toulouse, Lyon, Strasbourg et au centre de ressources et développement des compétences de l’ANPE à Lille. J’occupe ce poste jusqu’en mai 2005 où je pars moi-même en congé de reconversion, par le biais d’une SAE. Je prends en juin 2005 l’emploi de conseiller en insertion professionnelle en mission locale, d’abord en CDD 5 mois puis en CDI.
A ce jour j’occupe toujours ce poste.
2) Difficultés rencontrées
Au début de ma carrière, la 1ère vraie difficulté a été de partir de chez moi à 17 ans vers un univers inconnu. Mais comme tous, finalement. Par la suite, tous les changements vécus, tant que j’étais célibataire ne m’ont pas posé de difficultés dans la mesure où ils étaient souhaités et attendus. Ce n’est que lorsque j’ai été marié qu’il y a eu de vraies difficultés. Car il a alors fallu composer avec le travail de mon épouse qui voulait légitimement « faire sa carrière ». D’où le célibat géographique, le changement d’arme et sans doute comme ultime répercussion, une carrière freinée puis stoppé au grade d’adjudant.
Comment procéder pour résoudre ces difficultés ? Il s’est simplement agit d’établir des priorités. Qu’y a-t-il de plus important pour moi? la vie de famille, mon métier, mes enfants ?
Dès que ces priorités ont été établies et que mon épouse et moi étions OK pour aller ensemble en ce sens, les difficultés même si elles existaient, sont devenues plus facilement résolvables.
Cependant, une très grosse difficulté rencontrée a été, la durée du célibat géographique, dès lors qu’il n’y avait pas de fin prévue. Dès l’instant où mon changement d’arme a été accepté, une date de mutation identifiée, tout fût plus facile.
L’autre grosse difficulté a été la reconversion. Quitter un univers où on ce sent comme un poisson dans l’eau et être capable de réussir sa reconversion, alors même qu’elle n’est pas forcément souhaitée mais imposée par mon statut (limite d’âge) est extrêmement difficile. J’ai bénéficié d’une grande chance : être moi-même dans la filière reconversion, mais avec ce risque de jouer les « cordonniers mal chaussés ». J’ai pu construire mon réseau pour réussir à partir comme je le souhaitais.
3) Quelles fonctions m’ont le plus intéressées.
J’en citerais 3 :
En premier lieu, lorsque j’ai été chef d’équipe reconnaissance et topographie dans mon 1er régiment. Cette fonction me permettait d’allier mon goût du terrain et des activités extérieures avec une certaine technicité et de prises d’initiatives. J’étais responsable du choix du lieu d’implantation des pièces d’artillerie et du choix de la méthode à utiliser pour calculer les coordonnées exactes de cet emplacement, avec une grosse obligation de résultats. (un obus, c’est 50 kilos d’explosifs qu’on envoie à 15 ou 20 kms). Il s’agissait là de mettre en pratique ce que j’avais appris lors de mon CT1.
Ensuite, lorsque j’ai pris la responsabilité du bureau Budget-achats-factures au 8ème RT sous couvert du chef des services administratifs. Un copain occupait précédemment ce poste et il quittait l’armée. Il m’a parlé de cet emploi et m’a convaincu que je devais me déclarer volontaire auprès du chef de corps qui cherchait son remplaçant. Toujours fâché avec les chiffres depuis mon enfance, je découvre à ma grande surprise que je suis très intéressé par ce travail. Le contact avec les fournisseurs, la négociation des commandes, le sentiment d’être beaucoup plus considéré par mes chefs directs (serait-ce parce que j’avais en quelque sorte, les sous ?) Là aussi, la part laissée à la prise d’initiatives me plait beaucoup, ainsi que le sentiment de mieux comprendre le fonctionnement du régiment. Afin de réussir dans cette fonction qui ne correspondait pas à l’origine à ma formation, je me suis essentiellement reposé sur les compétences de mon adjoint, employé dans sa spécialité, en lui faisant confiance et en n’hésitant pas à lui demander son avis. Je pouvais aussi compter sur mon chef des SA. Tous deux m’ont permis de mener à bien ma mission.
Enfin mon dernier poste comme chef de l’antenne reconversion de Haute-Normandie. Seul à Rouen, mes chefs à Rennes, je gère mon emploi du temps en totale autonomie et organise mes journées comme je l’entends. Du jamais vu pour moi à l’armée. Je n’ai comme obligation que mon compte rendu téléphonique hebdomadaire avec le chef du BARC de l’EM/RTNO.
Avec en plus, ce sentiment de vivre entre les deux mondes civils et militaires et la surprise de rencontrer beaucoup de gens très intéressés par l’armée, ses personnels et ses métiers. D’être en quelque sorte le représentant d’une certaine culture et de certaines valeurs reconnues. Dans ce poste où j’avais très peu de consignes de la part de mes chefs, je me suis beaucoup imprégné de l’expérience d’un officier de réserve, travaillant à la CCI et qui n’a pas hésité à me faire bénéficier de son réseau de connaissances.
4) Quelles compétences pour mener à bien ces fonctions ?
En premier lieu, celles acquises par la formation militaire suivie. Ensuite celles prodiguées par les anciens qui nous accueillent dans les régiments, puis celles que l’on se forge au fil du temps et des écueils.
Donc se baser sur ce que l’on connait, faire preuve d’initiatives, respecter les hommes que l’on dirige, leur montrer notre capacité à faire nous-mêmes ce que l’on exige d’eux (je n’ai pas dit faire à leur place) mais faire parfois avec eux. Etre également capable d’actualiser en permanence ces connaissances.
5)Difficultés rencontrées. Comment les surmonter
Dans mon dernier poste, il a fallu tout créer. Négocier un bureau avec le délégué militaire départemental pour y installer l’antenne BARC. Négocier également le mobilier, le matériel informatique et un véhicule. La DMD était « corps support », mais l’intérêt d’un bureau reconversion ne lui apparaissant pas primordial, ce fût assez ardu.
Une fois obtenu, à force de persuasion, de négociations et « d’arrangements » grâce à la solidarité sous-officier, je suis entré dans une phase nouvelle pour moi, à savoir le contact avec le monde civil ! Prise de RDV téléphonique, visite d’entreprises, d’organismes de formation. Ces difficultés ont été surmontées en prenant mon courage à 2 mains et en bénéficiant du réseau relationnel d’un officier de réserve qui à bien voulu m’en faire bénéficier. J’étais quand même très centré sur le monde militaire depuis mes 17 ans et pas forcément très à l’aise dans le monde civil. Alors on se jette à l’eau, d’autant qu’il y avait quand même une nécessité de résultats (chiffres à renvoyer au BARC chaque fin de mois)
6) Poste correspondant le mieux à ce que j’ai fait
Bien sûr je citerais le poste que j’occupe aujourd’hui.
Cela dit, des postes liés à la mise en œuvre de projets, liés à la prise de contacts et à l’entretien d’un réseau, favorisant le relationnel peuvent tout à fait convenir.
Il s’agit surtout de postes mêlant à la fois un travail de type tertiaire et d’activités de terrain à l’extérieur de l’entreprise. Mais je dirais également des postes avec une certaine « marge de manœuvre » permettant un travail en autonomie et la prise d’initiatives.
Nous vous remercions pour votre témoignage.
Aquilae Ressources humaines
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