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Mercredi 5 mars 2008

Dans l'article précédent, nous vous présentions les déterminants inividuels et organisationnels du harcèlement moral. Ce résultat pourrait ne pas s'éterniser s'il n'était pas encouragé par le silence des témoins. Doit-on les blâmer ? c'est la réaction que nous retrouvons bien souvent. Dans cette deuxième partie sur le harcèlement, nous  vous proposons de comprendre ce silence et ce qui fait son existence et ses conséquences grâce aux témoignages recueillis par Sylviane Lauro.

La victime responsable de ces violences

Les chercheurs en psychologie sociale se sont depuis longtemps intéressés aux processus de jugement des valeurs que nous utilisons pour juger un individu. L'erreur fondamentale d'attribution (Ross, 1977), montre qu'un individu (peu importe ses croyances) va privilégier des explications dispositionnelles au détriment des explications situationnelles. 
Prenons l'exemple de la caissière italienne, le silence des collègues peut être lié à "elle est malade, elle n'est pas en mesure d'occuper son poste comme nous". 

La théorie du monde juste (Lerner, 1980) nous explique que le hasard n'existe pas et que cette croyance nous pousse à considérer la victime comme une provocatrice de cet état. Dans ce cas, les témoins vont chercher à trouver des causes personnelles à la victime ("elle ne devrait pas s'habiller ainsi", "t'as vu son décolleté, faut dire qu'elle le cherche", etc.).

Ce renforcement de l'idée qu'une victime est en partie responsable des violences dont elle fait l'objet maintient l'illusion d'un monde juste et vise à écarter le témoin des violences de l'idée qu'il pourrait être victime à son tour.

Le silence comme moyen de cohésion

Les systèmes de cohésion mis en place dans les sociétés reposent bien souvent une rétention de l'information afin de maintenir une certaine incertitude et d'éviter toute possibilité de communication. Les systèmes "malades" vont désigner un "bouc émissaire" afin d'éviter l'éclatement du groupe et le déclin d'une organisation. Le groupe va donc élire un "patient désigné", dont la fonction sera de masquer le problème organisationnel. 

Selon la théorie de la dissonance cognitive (Festinger, 1957), les salariés vont rationaliser la violence au quotidien. Les petites violences vont entrer dans les moeurs et faire partie de ce qui est tolérable dans l'entreprise. Cette rationalisation permet aux témoins de sortir du malaise induit par l'inconfort de cette situation de dissonance (déséquilibre psychique entre nos valeurs et la réalité) et contribue au silence et à l'inaction.

Cette rationalisation va favoriser la rupture avec la victime qui préfèrera l'ignorer plutôt que de réactiver ce malaise et les conséquences pour elle. 

Les conséquences pour la victime

La peur et le sentiment d'injuste augmente chez la victime. Elle va perdre ses repères, son identité et peut entrer dans un processus psychopathologique ou dans un processus morbide la poussant à porter atteinte à ses jours ou à autrui.

Que faire pour éviter cela ? 
Deux actions sont nécessaires. 
La première concerne la médecine du travail qui doit prendre en compte l'état de la victime et la diriger vers les spécialistes qui pourront l'aider à sortir de ce traumatisme.

La seconde au niveau de l'entreprise, en touchant le "climat de travail", les relations inter-équipes et interindividuelles. Seule une approche interactionnelle permet de détecter les causes de la défaillance d'un système : pouvoir mal attribué, équipe divisée, etc.

par Patricia publié dans : condition de travail
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Vendredi 29 février 2008

Le harcèlement moral est le mal invisible qui détruit l'ambiance dans un groupe telle une société. Actuellement de nombreux CHSCT d'entreprise planchent sur ce délicat sujet qui met en jeu principalement les relations hiérarchiques. Le harcèlement moral fait aujourd'hui partie des risques professionnels qu'il faut combattre au même titre que les risques biologiques, chimiques ou de sécurité par exemple (article L 230-2 du code du travail, loi du 3 décembre 1991). Essayons de comprendre ce phénomène.

La violence au travail est une réalité qui se décline sous plusieurs formes. Les psychologues sociaux et du travail se sont intéressés à ce phénomène. Depuis 1990 en Europe, ces violences ont été identifiées comme relevant du harcèlement moral au travail et punies par la loi de modernisation sociale du17 janvier 2002.

Définition du harcèlement moral au travail

"C'est l'enchaînement, sur une assez longue période, de propos et d'agissements hostiles, exprimés ou manifestés par une ou plusieurs personnes envers une tierce personne (la cible). [...] cette situation communicative [...] menace d'infliger à l'individu de graves dommages psychiques et physiques. C'est un processus de destruction.
Leymann, 1996, p 26-27 "Mobbing. La persécution au travail, Edition du Seuil

"
Toute conduite abusive se manifestant notamment par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits, pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l'intégrité physique ou psychique d'une personne, afin de mettre en péril l'emploi de celle-ci ou dégrader le climat de travail".
Hirigoyen, 1998, p13 "Malaise dans le travail. Harcèlement moral, démêler le vrai du faux. Paris : la Découverte et Syros

 


Déterminants individuels du harcèlement
Le harceleur est souvent un cadre supérieur, masculin à tendance à la désagréabilité et au névrosisme.

La victime occupe généralement un poste de subalterne, du sexe féminin, plutôt sénior dans l'entreprise, et avec une forte conscience professionnelle, soucieuse d'efficacité, voire ambitieuse.

Déterminants collectifs du harcèlement
- Les valeurs individualistes,
- Une organisation du travail problématique,
- Une incompétence dans le management,
- Un climat de stress
- Une détérioration des relations intergroupes et de qualité de l'environnement.

Ces déterminants interagissent entre eux et sont pérennisés grâce au silence alimenté par certains biais de jugement. Nous verrons dans un prochain article pourquoi ce silence et les conséquences sur la victime.



par Patricia publié dans : condition de travail
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